Concept de la laïcité
Laïcité
La laïcité n’a pas besoin d’adjectifs
Daniel Adam-Salamon
Depuis une vingtaine d’années, la loi de 1905 est grigotée, contournée, accommodée. Derrière chaque tentative de la qualifier d’« ouverte » ou de « plurielle » se cache la même opération : plier un principe universel aux exigences d’une croyance particulière. Il est temps de rappeler ce que la laïcité est — et ce qu’elle refuse d’être.
Une conquête, pas un héritage
La laïcité ne tombe pas du ciel en 1905. Elle se gagne. Dès la Commune de Paris, en avril 1871, les communards décrètent la séparation de l’Église et de l’État, au motif que financer les cultes sur fonds publics est « contraire à la liberté de conscience ». Le principe est posé avant même la loi.
Trente-quatre ans plus tard, la loi du 9 décembre 1905 lui donne sa forme juridique définitive. Jaurès en avait formulé l’exigence morale quelques mois plus tôt, à Castres : il ne peut y avoir égalité des droits si l’appartenance religieuse d’un citoyen devient pour lui source de privilège ou de disgrâce. Cette phrase n’a pas pris une ride.
Ce que dit la loi — sans détour
L’article 1er garantit la liberté de conscience et assure le libre exercice des cultes. L’article 2 est sans ambigüité : « La République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte. » L’article 19 enfonce le clou en interdisant aux associations cultuelles de recevoir des subventions de l’État, des départements et des communes.
Ce triptyque ne traduit ni hostilité envers les croyants ni indifférence à la foi. Il établit que la République considère les religions à l’égal de tout autre mouvement de pensée ou de croyance — ni plus, ni moins. L’égalité de traitement, voilà tout. Depuis 1789, nous ne sommes plus des sujets : nous sommes des citoyens.
La parade des génuflecteurs
La loi gêne ? On la contourne. Le mécanisme est simple et éprouvé : créer une association loi 1901 — comme un club de boulistes — puis y adosser un lieu de culte en lui ajoutant une salle polyvalente ou un espace « culturel ». Le financement public peut alors affluer, légalement.
Exemple parmi d’autres : à Évry, une cathédrale bénéficie de subventions du ministère de la Culture, de la région, du département et de la commune, au prétexte qu’elle abrite un musée d’art religieux. La partie « culturelle » du bâtiment ouvre les vannes de l’argent public pour l’ensemble de la construction. Même logique à Rennes, à Woippy, à Bourg-en-Bresse. La liste est longue et elle s’allonge.
Pas d’adjectif. Pas de communautarisme.
Ceux qui veulent une laïcité « ouverte », « plurielle » ou « inclusive » ne cherchent pas à l’enrichir : ils cherchent à l’accommoder aux exigences d’un choix de société particulier. La laïcité ne supporte aucun adjectif parce qu’elle est déjà universelle. Y ajouter un qualificatif, c’est la rétrécir.
La même logique vaut pour le communautarisme. L’individu-citoyen est la base de notre République : non pas le membre d’une communauté religieuse, ethnique ou culturelle, mais la personne. Une République qui organise ses politiques publiques en fonction d’appartenances communautaires ne fait plus de la laïcité : elle y substitue le communautarisme, mot importé des États-Unis avec son cortège de tensions et de ségrégations.
La laïcité protège les croyants, pas les dogmes
Il faut le répéter, parce que la confusion est entretenue : la laïcité ne s’attaque pas aux croyants. Elle les protège, précisément, en leur garantissant la liberté de conscience. Ce qu’elle refuse de protéger, ce sont les doctrines — qui relèvent du débat d’idées, pas de l’émotion sacrée. La justice française opère d’ailleurs cette distinction : une attaque contre une religion en tant que doctrine ne constitue pas une offense faite aux croyants en tant que personnes.
La liberté d’expression et la liberté de conscience sont deux principes constitutionnels fondamentaux. Les réduire au silence au nom d’une prétendue protection des dogmes, c’est renverser la laïcité contre elle-même. C’est exactement ce que font, consciemment ou non, ceux qui réclament des lois contre le « blasphème » ou l’« islamophobie » comprise comme critique de l’islam.
La laïcité n’est pas négociable. Non par entiêtrement, mais parce qu’elle est la condition de possibilité de toutes les libertés qui nous restent.
18 mars 1871 : la Commune de Paris
3 avril : séparation de l’Église et de l’État
La Commune décrète la séparation de l’Église (catholique) et de l’État, la suppression du budget des cultes et la sécularisation des biens des congrégations religieuses. Notamment parce qu’elle considérait que le budget des cultes était « contraire à la liberté de conscience » et parce que « le clergé a été en fait complice des crimes de la monarchie contre la liberté ».
Loi 1905 : séparation des Églises et de l'État
« Or, il n’y a pas égalité des droits si l’attachement de tel ou tel citoyen à telle ou telle croyance, à telle ou telle religion, est pour lui une cause de privilège ou une cause de disgrâce. » JAURES, discours de Castres, juillet 1904.
Le rappel à la loi de 1905 est motivé par sa remise en cause permanente, que nous subissons depuis une vingtaine d'années. C'est à une offensive contre la raison que nous assistons, d'autant plus que cette loi était le résultat d'un compromis social. C'est la victoire de l'obscurantisme contre les Lumières. Ce qui ne veut pas dire que la laïcité comme régime politique commence avec la loi de 1905.
Bien que la laïcité ne se réduit pas à la loi de 1905, il faut tout de même rappeler ce qu'elle est.
La loi du 9 décembre 1905 concerne la séparation des Églises et de l'État : La République ne reconnaît aucun culte.
Article 1 : La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes.
Article 2 : La République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte.
Article 19 : Elles [les associations cultuelles ] ne pourront, sous quelque forme que ce soit, recevoir des subventions de l’État, des départements et des communes.
Depuis la Révolution de 1789, nous ne sommes plus des sujets, mais des citoyens. En tant qu'individu à égalité de droits, le citoyen est à la base de la République. C'est cette égalité qu'a renforcé la loi de séparation des Eglises et de l’État votée en 1905.
Cette loi est l'application d'un principe politique s'appliquant à une République une et indivisible. Depuis, notre République est dite laïque. C'est au nom de la liberté, de l'égalité et de la fraternité que la laïcité assure la liberté de conscience et donc de culte, ainsi que leur libre exercice. L'article 1 de la loi de 1905 est conforme, en cela, à l'article 10 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi ».
L'article 2 dispose que la République ne peut reconnaître aucun culte. Cela ne signifie pas une neutralité de l'État envers les religions, mais simplement qu'il les apprécie à l'égalité de n'importe quel mouvement de pensée ou de croyance. Implicitement, l'article 2 fait référence à la situation antérieure à 1905, lorsque les "cultes reconnus" étaient organisés par chacun en tant que « service public du culte ». Toutefois,. Comme la République ne reconnaît pas les cultes, ces derniers ne peuvent plus bénéficier de l'argent public.
Cette laïcité-là ne supporte aucun adjectif. Ceux qui la désirent une, ouverte, ou plurielle ne veulent, en fait, que l'accommoder à la particularité du choix de société qu'impose leur croyance. L'individu-citoyen étant à la base de notre République, celle-ci est incompatible avec le communautarisme, rassemblement de ceux qui se ressemblent par la religion (mot importé des USA).
Sur le problème du financement, l'article 19 dispose que les associations cultuelles, forme jurifique de tous les groupes religieux, ne peuvent, sous quelque forme que ce soit, recevoir des subventions de l’État, des départements et des communes.
Pour contourner la loi de séparation, les génuflecteurs ont trouvé la parade : créer une association loi 1901, comme un club de boulistes ou une société philosophique.
- Ainsi, la municipalité de Rennes (35) a financé la construction de deux mosquées, d’une synagogue et d’un centre bouddhiste sur fonds publics, au prétexte de leur inclusion dans des « centres culturels ». Le système en question est fort simple : il faut ajouter à l'intérieur de la construction une partie ayant une fonction autre que cultuelle.
- C'est l'argument inverse invoqué pour le financement d'une mosquée dans la construction d'un centre interculturel à Woippy (57).
- A Evry (91), en plus du lieu de culte lui-même, il existe un musée d'art religieux dans la cathédrale. Dans ces conditions, une partie du bâtiment n'est pas cultuelle, mais culturelle. Les subventions sont arrivées de partout : ministère de la Culture, région, département, commune ont versé l'argent public pour cette magnifique cathédrale.
- Une Associations Musulmane Culturelle cache presque toujours une mosquée ou un lieu de prières, tout en devenant un lieu communautaire. C'est la cas à Bourg-en-Bresse (01), où le Centre Culturel Islamique est l'association gérant officiellement "la Mosquée de la Croix Blanche", tout en étant partenaire de l'association CESAME (centre social A.-Mercier) dans le même quartier.
- etc... Car la liste est longue.
Basée sur la démocratie et les droits de l'Homme, notre république sociale est un principe non négociable. Aussi, la culture ne peut-être un espace de non-respect de ces droits.
NB : Dans ce rappel, il ne faut lire aucune condamnation de la religion, et encore moins une offense aux "croyants". J'ai toujours affirmé que la foi religieuse, dès lors qu'elle s'incarnait socialement, méritait le plus grand respect.
La justice distingue les attaques contre la religion, en tant que doctrine, des offenses faites aux croyants, en tant que personnes. Aussi, la laïcité protège les croyants, mais pas les religions. Ainsi, l'insulte à la religion ne peut pas être une atteinte à la liberté de conscience qui, comme la liberté d'expression sont deux principes constitutionnels fondamentaux.
Daniel Adam-Salamon, in Herodote.net
Ressources pour l'enseignement moral et civique Ici

Sarko l'américain
" Je suis pour l'interdiction du voile pour les fonctionnaires au guichet des administrations, dans les établissements scolaires, à l'université, au collège, au lycée... Nous ne pouvons nous permettre, avec les difficultés que rencontre l'intégration, la moindre entorse à la laïcité, au refus du prosélytisme et à l'égalité de l'homme et de la femme ".
Dans "Le Figaro", le 6 mai 2015
Réponse de la bergère au berger, Marylise Lebranchu : " Je lis avec étonnement et consternation (...) votre réponse à une question sur le port du voile. N'avez-vous pas été chef de l'Etat ? Ne savez-vous pas que cette règle de neutralité est inscrite depuis 1945 dans le statut général de la fonction publique ? Ignorez-vous que le principe de laïcité, qui s'applique avec fermeté dans la fonction publique, est tel qu'aucun agent d'une administration publique ou gestionnaire d'un service public ne peut manifester ses convictions religieuses par des signes ou un comportement prosélyte ? Et que tout manquement à ces règles fait l'objet de sanctions ? "
In "Le Canard Enchaîné" du 20 mai 2015.